Parfois c’est dur …

 

Je m’appelle Sasha. C’est un prénom qui va à la fois aux garçons et aux filles. Ma mère l’avait choisi très tôt durant sa grossesse. Elle ne voulait pas connaitre le sexe de son enfant, elle avait réussi à garder le mystère intact, malgré l’impatience de ses proches et les multiples lapsus du docteur.
Je suis pour ainsi dire quelqu’un de “normal”. Je me lève le matin, je petit-déjeune, il m’arrive de prendre le temps et je me dis que ça fait du bien, mais le plus souvent, j’expédie ou saute carrément le repas que l’on dit le plus important de la journée. Je grignote tout en m’affairant, il m’arrive de manger dans la voiture, tout ça pour essayer de gagner quelques minutes et être à l’heure au travail. J’essaie de ne pas me faire remarquer et de ne pas attirer l’attention de ceux qui sont toujours à l’heure, vous savez, ceux qui se lèvent au petit matin, ceux qui semblent avoir le temps de tout faire. Ils doivent être sur un autre fuseau horaire, ou avoir une horloge qui tourne moins vite que la mienne …

Ma mère m’avait offert un livre qu’elle avait déjà elle-même en trois exemplaires (rien que ça). Elle possédait un exemplaire neuf, version grand public, pour les invités disait-elle. Elle leurs narrait déjà tellement d’histoires, comment trouveraient-ils le temps de lire.
Elle avait le sien, usé par le temps, qu’elle gardait précieusement, toujours à portée de main. Les pages peinaient à rester attachées à la couverture, qui maintenait l’ensemble, tant bien que mal, grâce à un gros élastique emprunté au facteur. Et un dernier exemplaire, disposé dans sa bibliothèque tel un trophée, provenant des premières éditions, une relique, on aurait dit du papyrus. Elle l’avait chiné dans une brocante et avait réussi à y apposer une précieuse dédicace de l’auteur en personne, qu’elle avait rencontré lors d’un passage inespéré dans la région. Elle ne voulait que personne y touche et nous répétait, les yeux pleins de candeur, que c’était sa bible. Je l’enviais presque, elle souriait tout le temps et en tout temps, elle accordait de la valeur à des choses qu’on n’échangerait pas contre 5 sous.
“Parfois c’est dur, mais essayer c’est facile”, c’était le titre (farfelu) de son manuel préféré. C’était également devenu son dicton, son jingle, sa recette de vie, sa réponse à tout. Je m’étais moi-même laissé contaminer, déjà deux semaines que je lisais ces drôleries. J’y avais pris goût certes, mais j’étais bien obligé depuis mon anniversaire, où tout le monde s’était accordé pour dire que j’étais une boule de nerf qui s’ignore.

Une cigarette …
Elle me comprenait, elle au moins, accrochée à mes lèvres, silencieuse, en tout cas elle ne me jugeait pas. Dans un souffle lent et salvateur, j’exultai en silence, j’expulsai gracieusement cette nuée étourdissante. Bientôt la brume se dissiperait et me laisserait seul, bercé par ses vertiges, son souvenir âpre et froid sur mon palais. Parfois j’essayais d’arrêter, mais j’avais beaucoup de mal, je ne me sentais pas vraiment capable de m’en passer. Depuis que j’y avais gouté “pour le fun” quand j’étais ado, c’était devenu ma manière de m’évader, de décharger mon stress, de prendre du recul et parfois d’échanger quelques mots avec un compagnon de galère.
C’était justement un de ces moments, je venais d’être témoin d’une conversation – plus proche du monologue – entre mon supérieur et deux collègues. Malgré tous mes efforts pour rester concentré sur mon écran, je n’arrivais pas à détacher mon attention des absurdités qui atteignaient mes oreilles. Cette petite troupe faisait d’ailleurs tout son possible pour captiver ceux qui étaient à proximité. Pas de chance, il n’y avait que moi.
J’entendais davantage mon manager, il avait un don pour lancer des conversations, peu importe le sujet. Il manifestait un tel entrain, c’était communicatif, on ne pouvait l’ignorer bien longtemps. Pourtant, après quelques minutes ponctuées de rires et de joutes verbales, il se déconnectait, sans raison, ne nourrissait plus la conversation et finissait par se perdre dans ses silences. Son sourire s’effaçait, son regard devenait vide et fuyant. En un instant, on aurait dit qu’il ne croyait plus à ce qu’il avait créé, qu’il s’avouait, en lui même, que ces intentions n’étaient pas sincères et qu’il ressentait un certain dégoût pour sa supercherie. Il était constant en tout cas, on avait appris à ne plus compter sur lui, que ce soit dans les conversations légères ou dans l’exercice de sa fonction. Comment avait-il pu arriver là et occuper ce type de poste, cet homme incompétent, qui ne comprenait pas la moitié, que dis-je, quasiment rien du poste qu’il prétendait occuper ? Il avait divorcé récemment et après une période difficile, c’était mis à agir comme un jeune célibataire qui redécouvre le monde et croque la vie à pleines dents. J’étais partagé à son sujet, j’étais à la fois triste et en colère contre lui. Q’avait-il vécut, était-il responsable ou victime …

Quelle douce fumée … Une dernière bouffée … un mégot qui s’écrase et va rejoindre ses semblables … la fin de ce petit péché, annonçant la fin de la pause …
Un coup de pied dans les roulettes de ma chaise de bureau, suivi d’un “hein, t’es pas d’accord Sacha” venait m’extirper de mon anonymat, de ma bulle. Comme si ça ne suffisait pas, comme s’il me voyait bouillir et me contenir, prêt à exploser et qu’il en voulait plus, il voulait que je participe à la scène. Moi je voulais qu’on me laisse tranquille, qu’on ne me demande pas mon avis, surtout pas dans ce genre de fausses conversations légères entre collègues, d’autant plus qu’on n’y est pas vraiment sollicité pour dire sa vérité, mais plutôt pour meubler et aller dans le sens du chef.
Que faire ? Jouer les sourds, courber l’échine, les envoyer tous balader ? Je ne comptais plus les fois où je m’étais emporté, ne serait-ce qu’en bougonnant en silence, où je m’étais insurgé en réunion, à la pause café, au téléphone. À la différence qu’aujourd’hui, je m’en rendais compte, comme on prend conscience d’être suivi par son ombre.
Prendre conscience … C’était une des premières leçons du livre, le moyen de faire un arrêt sur image, pour se poser les 4 questions qui permettaient de prévenir et d’éviter les situations “délicates” selon l’auteur:
– Est-ce à moi de le faire ?
– Suis-je en capacité de le faire ?
– M’a-t-on demandé de le faire ?
– Ai-je envie de le faire ?
Il fallait que chaque réponse obtienne un oui, franc et massif. La sentence devait être sans appel, il eût fallu alors s’extirper de la situation, ne serait-ce que pour un non, juste un seul.
“Hein, t’es pas d’accord Sacha ?”

Cette question accompagnée de son petit coup de pied dans ma chaise, retentissait encore dans ma tête. Bien sûr que non, je n’étais pas d’accord, je voulais le crier, montrer qu’ils avaient tord et qu’ils étaient fous. En attendant c’est moi qu’ils rendaient fou … Je devais me ressaisir, utiliser un autre tactique car jusqu’à présent je n’avais pas réussi à trouver la bonne. Ignorance et lutte avaient été vaines, je voulais plus que tout que ça cesse, je ne voulais plus m’emporter, je ne voulais plus faire partie de ces gens qui ruminent, je voulais être ici et ailleurs en même temps, vivre les mêmes événements mais différemment, je voulais changer …
Ne pas lutter, feindre la naïveté et amener à verbaliser, disait l’auteur. C’est bien beau tout ça, mais comment faire ?
– “Excusez moi je n’écoutais pas. Pas d’accord avec quoi ?”.
Ça y est, j’avais parlé, mais je me sentais bête dans ce nouveau rôle. Je puais le mensonge à plein nez, ils n’étaient pas dupes. Combien de temps allait durer cette mascarade ? Mon supérieur rétorqua :
– “Ben, on disait qu’il faudrait qu’il y ait plus de communication entre services, on est collègues quoi !”
Encore un sujet dont il ne mesurait pas l’ampleur, mais qui déchaînait les foules. Il savait vraiment s’y prendre et mettre le doigt, là où ça fait mal. Je me voyais à l’entrée d’un labyrinthe avec encore la possibilité de prendre une autre route, mais une main sur mon épaule me suggérait d’avancer, me poussant délicatement, sournoisement, et petit à petit, je pénétrais dans ce lieu de tourments. Inviter à verbaliser ! mais oui c’est ça :
– “Plus de communication, c’est à dire ?
Son visage se teignit d’un léger agacement :
– “C’est pourtant simple enfin, qu’on partage davantage les informations entre services”
– “De qui parlez vous quand vous dites on ? Quelles informations doit-on partager davantage ? Toutes les informations ?”
Je commençais à y prendre goût, mais ce n’était apparemment pas le cas de tout le monde.
– “Les informations importantes, qu’on se doit de communiquer bon sang ! Et quand je dis on, je parle de nous, enfin ceux qui communiquent, vous, moi, toute le monde, enfin non, pas tout le monde, enfin je sais pas moi, c’est évident ! Bon bref, et puis c’est quoi toutes ces questions d’ailleurs ?!”
Feindre la naïveté … D’un coup je me sentais étrangement serein. D’habitude j’aurais donné mon avis, le ton serait monté et j’aurais ruminé toute la journée, agacé par le petit sourire narquois de mon supérieur
– “Vous ne savez pas ? Moi non plus justement, d’où toutes mes questions. J’étais concentré sur mon dossier et vous avez lancé une discussion. Vous m’avez demandé mon avis, je voulais juste répondre correctement”
Je mettais vraiment le paquet et jouais les candides
– “Bon laissez tomber ! Ce n’est pas grave, je retourne à mon bureau, j’ai une réunion à préparer” …

Que c’était-il passé ? Cet homme était venu me déranger une fois de plus, mais cette fois au lieu de m’engager corps et âme dans une discussion futile et sans réel but, au lieu de défendre des idées que je n’avais pas prévu de défendre en me réveillant ce matin, au lieu de tenter à tout prix de convaincre et d’en sortir exaspéré, fatigué et haineux, j’étais resté assez calme, je n’avais pas dit le fond de ma pensée et pour la première fois les rôles s’étaient inversés. J’avais été témoin d’un début de colère de mon manager, lui, d’habitude tellement à l’aise. Je me sentais différent, plus léger et en même temps un peu coupable, malgré moi, d’avoir malmené cet homme …

J’avais gagné le droit de savourer ce moment en allumant une petite cigarette. Me rendant sur le balcon habituel, je fus surpris d’y trouver mon supérieur, seul, une cigarette à la main, le regard dans le vide. Il semblait agacé, contenant ces mouvements. Son apparent détachement était trahi par les aller retour de son pied, qui tapait le sol, en rythme. On aurait dit un batteur s’excitant sur ces instruments. Je n’allais surtout pas partager ce moment avec lui. Je décidai de changer de balcon pour une fois, d’ailleurs, je ne me souvenais plus d’où m’était venu ce choix, cette habitude. Je fus surpris de découvrir un autre monde sur ce balcon, jusqu’à présent inexploré, de l’autre coté du building. On avait une vue imprenable sur le golf de l’hôtel dans lequel séjournait souvent les consultants et directeurs qui étaient de passage. Malgré le coté huppé du lieu, la nature était plantureuse et gardait sa sincérité, son charme …

Personne ne fumait, j’avais bien tenté d’en allumer une discrètement, mais au même moment, une jeune femme avait toussé d’une façon suspicieuse, me toisant très brièvement du regard, sans même tourner la tête, me faisant alors comprendre que je devais y renoncer. Pour une fois, je le fis sans peine, sans rechigner, à vrai dire j’étais littéralement absorbé par le rouge vif, la trace en forme de cœur qui restait dessinée sur le bord de sa tasse blanche, remplie de thé chaud. Je ne pus m’empêcher de contempler celle qui m’avait rappelé à l’ordre. Ses lèvres étaient pulpeuses, généreuses, elle arborait un chignon maintenu très adroitement par un crayon à papier, laissant se balader, presque de manière artistique, quelques mèches espiègles. Elle portait une jupe droite bleue marine, sans ceinture, qui caressait le haut de ses genoux, elle avait aux pieds des talons compensés, assortis à sa chemise fleurie. On aurait dit de la soie, une tapisserie venue de Chine. Je me perdais dans mes songes et l’imaginais dans une maison de province, prenant soin des fleurs, les genoux caressant l’herbe. Ma cigarette ne me manquait pas, je profitais de la vue …

Je passai la fin de la journée dans un état d’apaisement inhabituel, un genre de flottement. Je fus dérangé, par ci par là par des collègues, ils semblaient étonnés par mon comportement. C’est juste étrange, tu souris, furent les quelques mots que je reçu en guise d’explication. Peut importe, je n’y prêtais pas vraiment d’attention, j’étais encore abasourdi par l’épisode avec mon manager et tout de même bercé par mes souvenirs, la découverte de ce petit bout de nature, au milieu des buildings froids, la beauté de cette femme, gardienne des lieux …

J’aimais rendre visite à mère, à l’improviste. Elle trouvait toujours les bons mots, accompagnés de friandises et d’un café au goût unique, un élixir aux milles saveurs qu’elle seule savait concocter. Je voulais lui raconter ma journée, j’étais certain qu’elle allait apprécier mon récit et qu’elle me donnerait un avis éclairé sur ce qui s’était passé, elle qui en savait tant, sur tant de choses. Je passai par le jardin et poussai la porte entrouverte qui donnait sur la cuisine, je risquais de rester de longues minutes à attendre dans la rue, si je m’entêtais à frapper à la porte principale. Ma mère avait l’habitude de se tapir au fond de la maison, vue panoramique sur son potager, c’est là qu’il y avait le plus d’énergie, me disait-elle. Elle semblait m’attendre, le plateau remplis de douceurs sur lequel trônait sa vieille cafetière, fumante, me le laissait deviner.

– “Bonjour toi”, me lança t-elle d’un ton jovial, comme à l’accoutumée. Elle me donna un doux baiser suivi d’une courte étreinte. Elle était là, debout devant moi, muette, elle qui engageait d’habitude systématiquement la conversation, elle me fixait, le sourire aux lèvres.
– “Ça va ? C’est pour moi tout ça, ou tu attends du monde ? Je te dérange peut-être ?”, dis-je sur un ton narquois. J’avais envie de la taquiner, de faire durer le plaisir. J’avais comme l’impression qu’elle savait déjà que j’allais lui annoncer quelque chose.
– “J’attends le pape, il ne devrait plus tarder”, me dit-elle nonchalamment tout en continuant de me fixer. Elle aussi était d’humeur taquine, mais semblait jouer d’humour pour masquer ses réelles intentions, pour lire en moi. Je pris le plateau, le déposai sur la table basse de la véranda et nous nous assîmes de part et d’autre, sur les loveuses …
– “Il m’est arrivé un truc étrange aujourd’hui. Tu sais combien je redoute les visites fortuites de mon manager. Je n’aime pas jouer les hypocrites et du coup je finis toujours par me fâcher, qui plus est, pour des sujets qui n’en valent pas la peine”
– “Ah bon ? Des sujets qui n’en valent pas la peine, tu dis ?”
– “Mais oui maman, tout de même, ne fais pas l’ignorante, je t’en parle tout le temps !”
– “Tu m’en parles souvent c’est vrai, tu ne fais que ça d’ailleurs. Mon chef par ci, mon chef par là, mon manager a dit ci, mes collègues ont dit ça. Mais là tu vois, tu as avoué que tu redoutais les visites de ton chef, que tu as en un mot, peur. Tu as aussi reconnu que c’étaient des sujets sans importance et donc un beau gaspillage d’énergie”
– “Attends je t’arrête, ce n’est pas exactement ce que j’ai dit”
– “Mais oui, mais oui, mon fils bien-aimé, je sais. Je t’aide juste un peu, tu es si timide et puis c’est nouveau tout ça pour toi, exprimer ces sentiments, prendre conscience …”
– “On dirait que tu récites ton bouquin préféré, encore une fois. En même temps, je commence à l’apprécier moi aussi ce bouquin. J’ai appliqué ces concepts et il semblerait que ça fonctionne, je dois l’avouer. Je ne me suis pas énervé, certes ce n’étais pas facile, mais j’ai vu mon manager perdre ses moyens, lui qui est d’habitude à l’aise et si sûr de lui. Il s’est retrouvé à court d’arguments, il se justifiait, se contredisait lui-même, on aurait dit que les rôles c’étaient inversés. Par contre ma victoire, si je puis dire, avait un goût amer. J’ai eu l’impression d’avoir malmené ce pauvre bougre, je me suis senti triste et coupable quand je l’ai vu, seul, en train de ruminer sur le balcon”
– “Ça va aller, tu vas t’en remettre. Ce que tu as ressenti, c’est de l’empathie. Tu l’aurais su si tu avais continué de lire le bouquin, comme tu dis. C’est pas grave, allez, tu es pardonné. Et puis tu sais, je te parle tout le temps de ce livre mais ce n’est pas vraiment celui que je préfère. Il compte pour moi car il est arrivé à un moment important dans ma vie, mais c’était plutôt une introduction, un déclencheur. J’en ai un autre qui été décisif et compte beaucoup plus pour moi tu sais …”
– “Petite cachotière, tu aurais pu m’en parler !”
– “Moi cachotière ? Tu me fais rire. Je ne cache rien, il faut simplement me demander, tu devrais le savoir avec le temps. À mon humble avis, rien d’important ou d’essentiel dans la vie, n’est dissimulé. Il faut être curieux, attentif, avoir simplement envie de découvrir. Si tu ouvres les yeux, si tu écoutes ton cœur, tout ce dont tu as besoin et tout ce que tu dois savoir se présentera à toi, de manière évidente. C’est surprenant n’est-ce pas, ou peut-être difficile à concevoir pour toi, pour l’instant. Tout est là, tout autour de toi, c’est juste que tu ne le sais pas encore. Dépêche toi donc de finir ce livre. Quand tu seras prêt, et je sens que tu es sur la bonne voie, je t’offrirai un exemplaire du livre qui compte vraiment pour moi, celui qui a changé ma vie. Je pourrai même t’arranger une rencontre avec l’auteur, si tu le souhaites. C’est une femme, elle s’appelle Sacha, comme toi, Sacha Bernard. C’est devenu une très bonne amie, avec le temps”
– “Quoi ?! On a le même prénom ? Je me fait des idées, ou il y a des coïncidences très suspectes”
– “Je crois que tu te fais des films, très cher …”
– “Mais bien-sûr … Tu sais quoi, moi aussi j’ai des détails croustillants à révéler. Il y a une femme dans mon histoire et pas n’importe quelle femme …”
– “Ah bon ! Une femme, rien que ça. Alors vas-y raconte, joli coeur”
– “Ah non ! Je ne peux pas tout te dire non plus. J’en laisse un peu pour une prochaine fois” …
C’était ma façon de lui rendre, avec amour, le monnaie de sa pièce. J’aimais nos discussions, nos échanges, la simplicité de notre relation. Nous étions pourtant comme tant d’autres, une mère et son fils …

Le lendemain j’embauchai plus tard qu’à l’accoutumée. Je n’avais pas envie de me presser sans bonne raison. Durant tout le trajet qui séparait la porte de l’ascenseur de mon bureau, j’avais l’impression qu’on m’avait déroulé le tapis rouge. Mes collègues, l’un après l’autre, levaient la tête et me regardaient avec la même mine stupéfaite que la veille. Il était à ce point étrange et peu commun, mon sourire ?

Ma parade et mon état de grâce furent subitement interrompus. Je dus cligner plusieurs fois des yeux pour dissiper l’effet de surprise. Sur mon bureau se trouvait un livre, inconnu, neuf en apparence, intitulé “Tout est question de choix”. Ma surprise fut encore plus grande quand je lus le nom de l’auteur : Sacha Bernard
L’ouvrage était accompagné d’un petit mot collé sur mon bureau, un post-it avec un smiley dessiné au feutre fluo. Sur ce mystérieux bout de papier, écrit en tout petit, on pouvait lire :

“Vous m’avez fait de la peine avec votre cigarette et votre air perdu. Si vous voulez arrêter de fumer, on peut en parler autour d’une bonne tasse de thé … Pour me trouver c’est facile, je travaille au service développement durable, vous savez le bureau que tout le monde ici semble ignorer. Au fait, c’est incongru de fixer les gens 🙂 Allez, à bientôt !
Signé … Eva …”

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