Les petits bonheurs

J’étais assis au bord de l’eau et me laissais bercer par le flot des passants, tout en m’évadant dans un livre, soudain je ressentis une curieuse sensation …
Un jeune homme qui félicite gracieusement, presque de manière infantile, son chien après une demande pas si bien exécutée et qui ne méritait pas vraiment ces flatteries …
Une femme qui promène son enfant en poussette et vérifie qu’il est bien au chaud alors qu’on l’aurait cru, en le regardant, déjà bien emmitouflé dans son écrin de velours et de cristal …
Un homme tient précieusement et étrangement, ce qui semble être un vieux sac de courses usé par le temps, il s’approche de l’eau et se met à lancer des miettes de pain aux canards, puis repart sans attendre un merci …
Un jogger arbore un sourire crispé et encourage d’autres joggers plus loin derrière …
Un vieux couple marche la main dans la main, sans dire un mot mais avec l’air d’être en paix, dans une conversation insonore, que seuls eux pouvaient comprendre …
Une jeune femme s’attarde sur un trognon de pomme, elle s’approche de la poubelle, la dépasse et dépose délicatement dans l’herbe l’objet du délit, comme si elle avait choisi elle même l’endroit qu’elle voulait souiller, elle se relève en souriant et en jetant un dernier coup d’œil …
Je saute sur l’occasion, me précipite vers elle et lui pose la question que je n’osais pas poser aux autres : “Pourquoi faites-vous ça ?”
Elle me répond ainsi fière d’elle : “Je ne sais pas, je me dis que les animaux eux aussi ont peut-être faim” …….

Pour quelles raisons ces personnes agissent de la sorte ? N’ont elles pas mieux à faire ?
Avec toutes les atrocités qui se passent en ce moment même dans le monde, ces personnes semblent venir d’une autre planète. Au lieu de nourrir des réflexions qui feraient avancer l’humanité, elles préfèrent jouer à donner des “petits bonheurs” …

Je ne les comprends pas vraiment ces “hurluberlus” … mais … je me sens tout chose maintenant que j’y pense.
Comme si j’étais d’accord avec ce qu’ils faisaient, comme si finalement je les comprenais malgré moi.
Pas avec ma logique, pas avec mon cerveau, je suis déjà même en train d’oublier leurs visages, la couleur de leur vêtements, ce qu’ils ont fait et la façon dont ils l’ont fait.
Je garde malgré tout une sensation en moi, un sourire discret prend forme au coin de mes lèvres, je les comprends … Avec mon cœur …
Ils m’ont contaminé, mais je ne veux pas être guéri de cette douce maladie, j’ai envie moi aussi qu’on se souvienne, non pas de moi, ni de ce que j’ai fait … mais comme ces gens, sans y penser … j’ai envie qu’on se souvienne de l’amour …

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